Latest update 11/23/2016 Home » SCPP » Press releases » Communiqué du 21/3/2013
 
 
Communiqué de presse
 
 
 

Le Rapport JRC sur la consommation de musique sur Internet : une étude biaisée et déconnectée du principe de réalité

 

 

Un   rapport   publié   par   l’Institut   pour   les  Etudes  Prospectives Technologiques,   financé   par  La  Commission  Européenne,  présente  une estimation  des  effets du téléchargement illégal sur les achats de musique légale.


Cette étude prétend que la consommation illégale de musique ne se substitue pas  aux  achats légaux de musique numérique. De même elle considère que la violation  des droits d’auteur n’a pas d’incidence négative sur les revenus des titulaires de droits.


Ses  conclusions apparaissent comme déconnectées de la réalité commerciale, basées  sur  une  appréhension  tout à fait partielle du marché. Elles sont éminemment  contestables  dans  la mesure où elles entrent en contradiction avec de nombreuses études indépendantes qui confirment l’incidence négative de la piraterie sur le développement de la musique légale.


Par  ailleurs,  la  méthodologie  utilisée  suscite de vives réserves : les informations  utilisées concernent le nombre de « clics » ou de « visites » sur  les  services  légaux  et  illégaux  de  musique dans 5 des principaux marchés européens (France, Allemagne, Italie, Espagne, Grande Bretagne). Or ce  critère  n’est  pas  pertinent, dans la mesure où aucune transaction de musique  n’y  est  comptabilisée  ou analysée, et où toutes les conclusions sont basées sur des approximations et des estimations d’usages de musique.


Au  travers  de  la  méthode  utilisée, se pose notamment la question de la prise en compte des « clics » sur I-Tunes. Mesurer l’usage de l’application I-Tunes  pour  évaluer la consommation légale de musique sur ce service est une  aberration.  En  effet,  ces usages peuvent concerner n’importe quelle activité,  comme par exemple brancher tout simplement son iPhone sur son PC (ce  qui  lance  automatiquement l’application I-Tunes) ou synchroniser son matériel  Apple  avec  un  PC,  ou  encore louer un film ou télécharger une application  de  jeux  sur  I-Tunes.  Or chacune de ces actions est comptée comme  un  «  clic  I-Tunes » et considérée comme un usage légal de musique par  JRC,  ce qui  naturellement gonfle artificiellement les actes d’achats légaux et influe profondément sur les résultats.


Par  ailleurs,  que  certains pirates soient également des acheteurs légaux n’est  pas  nouveau,  cela  est  démontré  par  d’autres  études.  Mais une publication  récente  de  Kantar  World Panel au Royaume Uni, basée sur des achats   quotidiens   de  musique  montre  qu’une  large  proportion  (44%) d’utilisateurs   de  service  peer  to  peer  n’achète  jamais  de  musique légalement.  De  même,  en  2010 une étude du groupe NPD aux USA mettait en avant  le  fait  que  moins  de  la moitié des utilisateurs de peer to peer achetaient  de  la  musique  :  44% seulement achetaient des CDs et 35% des téléchargements.


Dans  ces  conditions,  si  une large proportion de pirates n’achète pas de musique  (et  néanmoins en consomme une grande quantité), comment expliquer que   des   comportements   illégaux   peuvent  encourager  les  ventes  de téléchargements et n’infliger aucun dommage à l’industrie musicale ?


Au-delà  des réserves soulevées par les données elles-mêmes de l’étude JRC, sa   principale  critique  réside  dans  l’affirmation  selon  laquelle  la violation  du  droit  d’auteur n’aurait pas d’effet négatif sur les revenus numériques de la musique.


L’étude  appréhende  de manière très partielle ces revenus issus du digital en ne prenant en considération que ceux provenant du téléchargement.

 

Affirmer  que  les  usages illicites sont complémentaires des comportements légaux,  ou  stimulent  potentiellement  l’activité  des  pirates  sur  les services légaux, est donc une profonde erreur.


L’étude  JRC  indique  que 73% des internautes de l’échantillon analysé ont cliqué  au  moins  une fois sur un site de musique illégale en 2011, tandis que  57%  cliquaient  sur  un  site  légal.  Cet  engagement  supérieur des internautes  auprès des services illégaux en Europe s’effectue au détriment de  l’offre  légale.  Cette  concurrence  déloyale  affecte la capacité des services   légaux   à   accroître   et  monétiser  leur  audience. Si les consommateurs  peuvent  utiliser  à  la  fois les services illicites et les offres légales de streaming ou de téléchargement, cela ne signifie pas pour autant   que   leurs   comportements   illégaux   sont   sans  conséquences dommageables.


Enfin,  l’étude  JRC  est  également  contestable  dans  les problématiques qu’elle  a  choisi d’ignorer : Comment expliquer que les auteurs n’abordent pas  la  question  de  la corrélation  entre la destruction de valeur et le développement des usages illicites sur Internet depuis dix ans ?


Contact : David El Sayegh - 01 47 38 04 04